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"La culture est un cimetière de livres et d'autres objets à jamais disparus." in N'espérez pas vous débarrasser des livres de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco

mardi 13 février 2018

Fictions du corps ~ François Bon

« c’était juste l’exacte transcription de nous-mêmes, par un témoin direct de ce qu’était devenue notre ville, notre communauté »


Résumé de la quatrième de couverture :

La ville est partout dans l’art, le film, le récit. On la voit comme spatialité, architecture, foule.
Mais qu’est-ce que la communauté change à nos corps ?
Et dans le rapport chacun à notre corps dans la ville, au présent de nos temps confus et sombres, avec prime au consensuel, au normé, à la surveillance, qu’est-ce qui change, quel est pour chacun d’entre nous l’inconnu de son corps ?
Et ce que nous portons d’autres images du corps, le prestidigitateur, l’acrobate de cirque ou de foire, nous aident-ils à nous projeter autrement dans la vie terne ?
C’était pour moi jusqu’ici une sorte de bastion interdit. Des auteurs comme Henri Michaux nous aident à nous y aventure, et tout d’abord pour une leçon : il n’y a que la fiction, le saut dans le fantastique, qui nous le permette.
Il s’agit d’un ensemble de textes courts, des « notes sur ». L’auteur propose de petites réflexions sur les hommes et la façon dont leur corps s’accorde à leurs fonctions dans la ville.
Il n’est pas facile d’entrer dans ce récit. Le vocabulaire est très accessible, de même que les textes. Néanmoins, il peut être difficile de saisir clairement le message transmis. On a l’impression de marcher dans les rues d’une ville hors du temps, sans repères chronologiques ou géographiques, et cela peut être perturbant. Cependant, la lecture étant fluide, on est inconsciemment tournés vers la suite et on tente de recréer la ville à partir des pièces à disposition.
Les fonctions des hommes dans la société ne s’apparentent pas à celles que nous connaissons. Il y a les « hommes indéterminés », les « refaiseurs de vie » ou encore les « hommes qui voient la nuit ». Les appellations sonnent floues et intriguent. On ne peut s’empêcher de se représenter mentalement cette ville et ces corps qui la peuplent. Chaque lecteur pourra sans doute être fasciné par tel type de corps ou tel autre, car ce texte fait appel à nos sensations et à nos propres expériences. L’auteur nous plonge dans un imaginaire qui fait écho à notre société, et les ponts se créent d’eux-mêmes.
Des dessins de Philippe Cognée sont disséminés entre les notes. Ce sont des figures humanoïdes qui semblent faites de chair, de terre et de végétation (on se croirait presque chez le psy à décoder des taches d’encre). On a l’impression de regarder des personnes déformées par le support. Les illustrations sont dans des tons gris et reflètent les propos de l’auteur décrivant une vi(ll)e triste, où les personnalités s’effacent.
Le livre en lui-même est très travaillé, avec une police de caractères graphique qui ressemble à la Bauhaus.
Extrait :

« Avec les hommes qui voyaient la nuit, la paix dans les villes avait fait tant de progrès.
On était resté longtemps, très longtemps à la bascule. Ceux qui n’étaient pas des hommes de la nuit, quand ils la traversaient, pouvaient devenir méchants. On avait remarqué il y a bien longtemps comment les espèces tendaient à se séparer : ceux qui exploraient les bars, dérivaient dans les rues, roulaient la nuit, veillaient dans les hôtels, gardaient allumée leur lampe d’insomniaque, se reconnaissaient entre eux, s’attiraient mutuellement. Les pratiques réseau n’avaient fait qu’accentuer le partage.
D’autres présentaient, mais rarement, cette faculté de l’œil : voir dans le noir. La plupart des animaux, mammifères y compris, vivaient principalement la nuit, pour se déplacer, se nourrir, se reconnaître. On avait inventé un mot bizarre, nyctalope, qui était vraiment un mot de ceux du jour, un mot d’exclusion, ou d’incompréhension. »
Le mot de la fin :

Des mots et des idées curieux qui invitent à les essayer et réessayer, comme on enfilerait un vêtement.

Alors, voulez-vous tourner ?

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