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"La culture est un cimetière de livres et d'autres objets à jamais disparus." in N'espérez pas vous débarrasser des livres de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco

vendredi 22 décembre 2017

Nos richesses ~ Kaouther Adimi

« Camus me signifie qu’il se retire et réclame ses droits d’auteur. Je le comprends. »


Résumé de la quatrième de couverture :

En 1935, Edmond Charlot a vingt ans et il rentre à Alger avec une seule idée en tête, prendre exemple sur Adrienne Monnier et sa librairie parisienne. Charlot le sait, sa vocation est d’accoucher, de choisir de jeunes écrivains de la Méditerranée, sans distinction de langue ou de religion. Placée sous l’égide de Giono, sa minuscule librairie est baptisée Les Vraies Richesses. Et pour inaugurer son catalogue, il publie le premier texte d’un inconnu : Albert Camus. Charlot exulte, ignorant encore que vouer sa vie aux livres, c’est aussi la sacrifier aux aléas de l’infortune. Et à ceux de l’Histoire. Car la révolte gronde en Algérie en cette veille de Seconde Guerre mondiale.
En 2017, Ryad a le même âge que Charlot à ses débuts. Mais lui n’éprouve qu’indifférence pour la littérature. Etudiant à Paris, il est de passage à Alger avec la charge de repeindre une librairie poussiéreuse, où les livres céderont bientôt la place à des beignets. Pourtant, vider ces lieux se révèle étrangement compliqué par la surveillance du vieil Abdallah, le gardien du temple.

Kaouther Adimi rend hommage à un homme, Edmond Charlot, et invite à découvrir le métier de libraire-éditeur en Algérie et en France durant la guerre et l’après-guerre.
Le récit est construit en plusieurs parties qui se répondent. Il y a les carnets écrits par Charlot qui racontent son quotidien, sa vie familiale, sa vie professionnelle avec ses galères, et ses nombreuses rencontres avec des écrivains et des artistes. D’un autre côté, il y a l’histoire de Charlot d’un point de vue extérieur. Enfin, il y a l’histoire aujourd’hui, en 2017, celle de Ryad devant vider la librairie de tous ses objets, de tous ses souvenirs. Cette structure rythme le roman et nous embarque à toutes les échelles de l’histoire.
Le tableau peint de cette boutique qui a tant vécu donne envie de s’y rendre, d’entrer dans son intimité. La vision du métier est très réaliste, elle montre à la fois les joies intenses et les incroyables difficultés. Le point fort de ce roman réside dans sa retranscription juste et émouvante des relations humaines. Les éditeurs et les libraires ont beaucoup de contacts avec les auteurs et les lecteurs. Il faut parfois gérer de fortes personnalités et savoir ne pas mêler ses sentiments personnels aux exigences professionnelles. Charlot s’en rend compte, car il aime profondément ses amis. Il veut les recevoir et les aider à être lus, parce qu’il est convaincu de leur talent et de leur mérite.
C’est un récit très nuancé, car parallèlement à ces amoureux des livres, Ryad nous livre son point de vue. Ce jeune homme payé pour vider la librairie ne veut pas s’attacher à l’histoire de Charlot. Ça ne l’intéresse pas. Cependant, la curiosité va le piquer et l’inviter à se rapprocher d’Abdallah, le géant tranquille qui reste debout sous la pluie. Ce roman montre ainsi que la littérature peut être fédératrice, pas dans le sens où tout le monde lit, mais où elle interpelle. Se poser des questions, c’est déjà un grand pas de fait.
Extrait :

« Ces livres m’ont accompagné tous les jours pendant des années. Au début, je passais mes soirées à les classer, à mettre des cotes, à entrer des données dans un registre. Pour chacun d’entre eux, il fallait que j’indique le nom de l’auteur, le titre, le numéro ISBN, des mots-clés. Je lisais aussi quelques pages pour rédiger les résumés et répondre aux questions des lecteurs… C’est difficile de t’expliquer ce que ce lieu signifie pour moi. Peu de gens le savent mais je n’aimais pas lire et je ne suis toujours pas certain d’aimer cela aujourd’hui, mais j’aime être entouré de livres même si j’ai mis beaucoup de temps à apprendre à lire. »
Le mot de la fin :

Un merveilleux roman qui invite à la réflexion. C’est tellement beau un livre qui parle de littérature.

Alors, voulez-vous tourner ?

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