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"La culture est un cimetière de livres et d'autres objets à jamais disparus." in N'espérez pas vous débarrasser des livres de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco

vendredi 3 novembre 2017

Le Goût du vent sur les lèvres ~ Cédric Morgan

« Elle resterait là, un roc du rivage, un roncier de Belle-Île, surgie d’un nid inconnu. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Louane, douze ans, vit à Belle-Île-en-Mer chez Marlène, sa mère adoptive. Surdouée mais réfractaire au système scolaire, elle s’apprête à passer le bac en candidate libre. Toujours par monts et par vaux sur les sentiers côtiers, elle communie avec le vent, le soleil, les tempêtes. Née sous X, elle porte en elle une absence : l’identité de sa vraie mère.
Dans la chambre d’hôtes que tient Marlène débarque un jour un homme, dont le comportement intrigue Louane. Guillaume arpente toujours les mêmes lieux de l’île, pose des questions étranges, dit remonter les traces d’un jeune garçon, colon de l’ancien bagne d’enfants.
Louane écoute avec constance les propos des uns et des autres ; elle sait que la vie qu’on raconte est plus intéressante que celle qu’on vit. De même, au passé de Belle-Île s’entremêlent ses légendes ; aux souvenirs, nos lectures et nos rêves.

La Bretagne, ses légendes, la nature sauvage couplée à celle des hommes tout aussi imprévisible, autant de thèmes qui donnent à ce roman un charme et une profondeur incroyables.
L’intrigue semble simple au début, avec l’arrivée de Guillaume et son comportement intrigant. Très vite, les questions de Louane soulèvent d’autres roches, qui cachent des secrets enfouis depuis des décennies. Les personnages s’interrogent sans cesse, et les réponses ne sont pas nécessairement un objectif. Le lecteur ne doit pas être surpris d’arriver à la fin et de ne pas avoir une intrigue terminée de façon catégorique. En effet, l’intérêt de ce roman est vraiment dans l’aspect descriptif et contemplatif. Louane passe des heures à regarder la mer, à se laisser transpercer par l’écume. À travers elle, on découvre la Bretagne sauvage, la mer dangereuse qui a emmené tant de marins et ne les a jamais rendus. L’écriture de Cédric Morgan embellit d’autant plus ces éléments, leur conférant force et faiblesse, grâce à l’utilisation de tous nos sens pour goûter à ces paysages.
Lidentité est évidemment au cœur du récit. Louane ne sait rien de ses origines, et cela la perturbe de plus en plus. Guillaume est également en quête de vérité, à un autre niveau. Cela les rapproche définitivement. Louane est un personnage difficile à apprécier, d’abord parce qu’elle a une vie qu’on peut facilement lui envier : surdouée vivant sur une île à son rythme. Ensuite, bien qu’on suive l’histoire de son point de vue, elle garde toujours une forme de distance, comme si on ne pouvait pas avoir accès à elle. C’est probablement dû au fait qu’elle-même ne sait pas qui elle est. D’autres personnages gravitent autour, comme Marlène et Louise, la sœur de Louane. Il y a également Blanche, qui connait l’île comme sa poche et le vieux Me Gallais. C’est auprès d’eux que Louane mène son enquête, et qu’elle va finir par déterrer, presque littéralement, un lourd secret.
La fin est satisfaisante, mais semble un peu en décalage de tout le reste, à cause de son lieu d’action surtout. Elle reste cependant en adéquation pour ce qui est du style et du ton.
Extrait :

« Dans le prolongement de l’oiseau, sous les verres tremblotants, surgit dans la falaise une étrange silhouette. Juste avant qu’elle disparaisse derrière un piton rocheux, Louane eut le temps d’entrevoir un blouson brun au col rouge.
Son cœur s’affola, un spasme lui glaça le sang.
L’entrée d’une grotte ignorée de tous, une grotte connue d’elle seule, sa grotte secrète, se cachait dans le talus de la pointe. Personne d’autre n’y avait jamais pénétré. Pour y parvenir, il fallait descendre l’à-pic à mi-hauteur, les orteils en équilibre sur quelques centimètres carrés de roche en surplomb, les vagues en grand fracas juste en dessous. »
Le mot de la fin :

Un roman au goût d’ailleurs, à savourer en toutes saisons (même si en automne au sommet d’une falaise doit être la meilleure place) !

Alors, voulez-vous tourner ?

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