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"La culture est un cimetière de livres et d'autres objets à jamais disparus." in N'espérez pas vous débarrasser des livres de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco

samedi 15 avril 2017

Avant que naisse la forêt ~ Jérôme Chantreau

« Ne faut-il pas qu’un chêne tombe pour attirer à lui les mésanges ? »


Résumé de la quatrième de couverture :

Albert, la quarantaine, vient de perdre sa mère. Il retourne dans la propriété familiale de Mayenne, cerclée de plusieurs hectares de bois, pour la cérémonie. En quelques jours, tout devrait être réglé. Mais le temps s’éternise sans que rien n’avance, et Albert se retrouve seul avec l’urne maternelle au cœur de cette nature reine, belle et hypnotique.
Et puis, une nuit, des bruits étranges le réveillent. Dans l’aile ancienne de la maison, les murs chantent, font revenir le passé. Il y a aussi cette légende, transmise depuis toujours par les femmes du clan, qui dit qu’un ermite hante les bois…
Commence alors la lente remontée des souvenirs, et avec elle, celle des silences d’une mère que seul un fils pouvait entendre.

C’est un premier roman pour l’auteur qui s’est inspiré de sa propre maison familiale.
Le lecteur suit Albert, un homme lambda qui mène sa petite vie en banlieue. Lorsque sa mère décède, il doit s’occuper des funérailles, trouver des chansons, inviter la famille. Mais prisonnier de la maison de son enfance, les souvenirs resurgissent et le temps s’arrête. Il redécouvre les pièces de la maison, le tableau qui le faisait frémir, les disques de sa mère et son journal. Il passe une grande partie de son temps dans la forêt où il réapprend à vivre en communion avec la nature. Complètement isolé, ses pensées vagabondent entre passé et présent, se perdent et se confondent. Il n’a qu’une chose à faire : enterrer sa mère. Mais il préfère se promener avec l’urne sous le bras.
L’auteur nous embarque dans cette fiction grâce à un style puissant et tranquille comme un fleuve. Les phrases coulent avec aisance et fluidité, et diffusent une temporalité hors de tout. L’espace est lui-même repensé, à l’image de cette forêt qui parait immense et minuscule, tant Albert en connait les recoins.
Un des principaux thèmes développés est celui du rapport à la mère. Le héros a perdu la sienne, mais il la retrouve dans la forêt, dont les racines des arbres sont comme des bras protecteurs. Il retrouve ce qui fait l’essence de son être, ce dont il est issu. Ce topos de la littérature est particulièrement bien exploité ici avec des alternances et des comparaisons entre humains et nature, animaux et végétaux. Tout entre en harmonie dans la nature. C’est pourquoi Albert cherche à se couper de tout ce qu’il y a d’artificiel et de mécanique dans sa vie.
Les relations humaines sont présentées comme difficiles, une sorte de frein au parcours d’Albert. Sa femme, sa fille, sa sœur, il les met de côté pour se focaliser sur la maison et la forêt. Il revient à une relation primitive, sensuelle et non verbale.
Ce roman propose une sorte d’esthétique de la nature, au sens grec du terme, c’est-à-dire cette faculté de sentir. L’auteur ne se contente pas de décrire, il entre en profondeur dans la terre et nous fait ressentir son pouls, peut-être à travers la figure de l’ermite.
Extrait :

« Cette histoire, je l’ai racontée à ma fille. Elle a la même façon d’y croire. Sans preuve et sans raison. Une sorte de foi païenne qui m’effraie. Nous héritons des contes comme des maisons. Nous héritons des peurs et de la foi que nos ancêtres se sont bâties à travers les siècles. Il est possible de refuser cet héritage. Et il n’existe pas de notaire capable de vous dire : "Voilà, votre mère vous lègue une forêt hantée par un ermite, une maison qui semble vivre d’une vie propre, et surtout, vous bénéficiez, mais cela depuis votre naissance, de la capacité à croire que tout ce qui est mentionné plus haut est vrai." À partir du moment où vous acceptez cet héritage, il faudra vous attendre à passer des heures en contemplation, au bord d’un lac, devant la géométrie d’une toile d’araignée prise dans le givre, ou bien encore à enlacer des arbres dans l’espoir de faire passer d’eux à vous un peu de leur force tellurique. Vous héritez d’un bien qui n’est rien d’autre qu’une légende. »
Le mot de la fin :

Un premier roman parfaitement abouti qui appelle à la réflexion sur notre rapport à la vie, à la mort et à ce qui nous façonne en tant qu’humains et êtres doués de conscience.

Alors, voulez-vous tourner ?

2 commentaires:

  1. Je ne lis généralement rien qui se rapporte aux décès (cela me fait froid dans le dos). Mais la Mayenne est à côté de chez moi, alors, oui, cela m'attire. Et puis j'ai bien envie d'en savoir plus sur cet ermite et la légende... Ma curiosité est animée ! De par sa couverture et le thème de la nature, ce livre a l'air "reposant" (peut-être que je me trompe vu le rapport à la mort). Je vais me laisser tenter !

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    1. Je confirme, c'est reposant ! La mort n'est pas présente en tant que telle, c'est plutôt l'absence de la mère, compensée par la présence quasi humaine de la forêt :)

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