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"La culture est un cimetière de livres et d'autres objets à jamais disparus." in N'espérez pas vous débarrasser des livres de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco

vendredi 10 mars 2017

Le mal court ~ Jacques Audiberti

« La noblesse prend sa source dans l’ambition et l’énergie. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Audiberti est l’un des grands auteurs du théâtre français du XXe siècle. La richesse de l’invention verbale, le sens du comique, le goût du style sont ses principales qualités. Il a écrit Le mal court (1946) « en état de transe ».
L’action se déroule en trois actes : une naïve princesse, victime de policiers cyniques, découvre la réalité du mal que ses proches lui avaient cachée et décide d’entrer dans la ronde. Puisque le mal court, elle veut l’accomplir lucidement afin de l’épuiser.
C’est donc une pièce « d’apprentissage » - et une fantaisie poétique malgré sa cruauté, mélancolique et joyeuse à la fois. Le chef-d’œuvre de son auteur.

La pièce, en trois actes, faisant moins de cent pages, peut paraître légère et rapide à lire. Mais ne vous y trompez pas. Les discours denses demandent au lecteur de ne pas se laisser distraire par une mouche ou un train qui passe. L’attention est nécessaire pour saisir toutes les subtilités de la langue et des paroles des personnages. Ceux-ci partent parfois dans des considérations extrêmes et décalées qui peuvent facilement vous faire perdre le fil conducteur. Le langage est maîtrisé, chaque personnage possédant son vocabulaire et ses expressions propres. Il est très facile de les imaginer sur la scène d’un théâtre, extravagants, élevant la voix et faisant de grands gestes.
La princesse Alarica possède un caractère bien trempé. Elle semble parfois folle, sautant sur un lit, se donnant à un homme qu’elle ne connait pas malgré les conseils de sa gouvernante. Malgré tout, elle cerne le jeu de ses interlocuteurs et se sert d’eux pour arriver à ses fins. Les trois personnages, F., Parfait et Célestincic, se désignant comme roi (bien qu’ils ne le soient pas tous), en font les frais et ne peuvent que se soumettre à cette jeune fille. Cependant, comme Alarica, le lecteur se retrouve berné et manipulé. Le dernier acte voit beaucoup d’événements se précipiter et propose une certaine perspective sur l’avenir des personnages.
La préface de Jeanyves Guérin n’est pas de trop pour comprendre le contexte de la création de cette pièce, qui est particulière, et en quoi elle s’inscrit dans la littérature de l’époque, puisque des points de comparaison sont faits avec Antigone et Caligula. De même, des éclairages importants sur le texte permettent au lecteur de se situer géographiquement et de voir les enjeux géopolitiques présents. En effet, Alarica est une princesse d’un tout petit pays (Courtelande), probablement dans l’est de l’Europe, promise à un grand roi d’Occident. Et comme cela arrive souvent, elle est victime d’une supercherie, de même que les petits pays se font écrasés par les grands qui ne s’arrêtent pas à quelques valeurs morales.
Extrait :

« Le Cardinal, au roi : Une âpre contrée, Monseigneur. C’est bien ce que je pensais. Hormis la pluie, ils n’ont rien.
Alarica : Nous avons du bois.
Le Cardinal : Le bois, dans les pays civilisés, sert à faire des meubles, mais où les mettre, les meubles, quand on n’a pas de maisons et vous ne devez pas en avoir beaucoup de maisons, dans votre campagne sauvage ! Le bois sert aussi à faire des navires, mais ils marcheraient comment, sans un peu de mer ?
Alarica : Nous avons des fleuves.
Le Cardinal : Vous plaisantez. »
Le mot de la fin :

Une courte pièce qui témoigne de son temps et manie habilement les ressorts du théâtre classique pour proposer une intrigue moderne, cruelle et poétique.

Alors, voulez-vous tourner ?

2 commentaires:

  1. Je ne lis pas beaucoup de théâtre mais j'avais beaucoup aimé certaines comme Fin de partie de Beckett et justement Caligula de Camus. En tout cas ton avis me rend curieuse, du coup je vais le noter dans ma wish !

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  2. J'ai beau être passionnée de théâtre et l'avoir même étudié, je n'ai JAMAIS entendu parler de ce dramaturge. Ce n'est quand même pas possible ! En tout cas je te suis reconnaissante de le partager avec nous. J'ai très envie de le découvrir maintenant :-D

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