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"La culture est un cimetière de livres et d'autres objets à jamais disparus." in N'espérez pas vous débarrasser des livres de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco

dimanche 5 février 2017

Dossier ~ Orphelins Baudelaire ~ Chapitre 3 : Leçon de déguisement

« Vous pouvez bien vous cacher sous tous les déguisements que vous voulez, nous savons qui vous êtes. »



« Il peut bien se donner tous les noms qu’il voudra ! C’est toujours lui. » Par ces mots, l’aînée des Baudelaire tente de faire comprendre à sa tutrice, Agrippine, que l’homme déguisé en matelot est en fait le comte Olaf. Passé maître dans l’art du déguisement, il use et abuse d’artifices afin de pourchasser les enfants sans être reconnu. Ce thème du déguisement est largement décliné tout au long de la série.
Olaf est celui qui d’entrée de jeu, par son métier d’acteur, entraîne le lecteur dans sa mascarade.
Tour à tour assistant herpétologue, matelot, réceptionniste ou encore professeur de sport, le comte aux mille facettes se joue de la crédulité de ses interlocuteurs. Tous les accessoires qu’il utilise font partie de la panoplie VDC donnée dans L’autobiographie non autorisée. N’importe quel membre de VDC pourrait faire comme lui, la plupart possèdent la même panoplie, mais aucun ne parvient à reconnaître le vrai du faux. Seuls les enfants sont en mesure de le démasquer, enfants au sens large, car les Beauxdraps et la petite Vendredi ne tombent pas non plus dans son piège. Olaf se déguise pour approcher et amadouer les tuteurs des enfants. Mais à partir du tome 8, les Baudelaire étant en cavale, les rôles s’inversent et ce sont eux qui se déguisent afin d’échapper à Olaf. Ils deviennent ainsi médecins, monstres dans une foire, scouts ou encore grooms dans un grand hôtel.
Certains déguisements d’Olaf tendent au grotesque tant ils sont stéréotypés. Dans le tome 4, déguisé en Shirley, une réceptionniste, Olaf porte des bas résilles, un vernis à ongles rose et une perruque blonde. C’est une parfaite caricature qui rend son image plus qu’étrange, mais qui pourtant berne tous les personnages.














Citation de début in L'Arbre aux corbeaux, chapitre 9
Le thème du masque, et par extension de l’identité, est posé dès le départ. Le narrateur le connaît très bien puisque lui-même se cache de ses adversaires. Mais c’est surtout l’auteur qui réussit à maîtriser le sujet en en faisant un véritable fil d’Ariane. Certains accessoires sont repris dans plusieurs tomes et servent ainsi d’indices aux enfants et au lecteur pour construire le fil des événements auxquels ils n’ont pas assisté. Dès le premier tome, lorsque le comte oblige les enfants à jouer dans sa pièce de théâtre et les déguise de force, l’auteur plante le décor et annonce que le travestissement, la comédie, et surtout la tragédie dans les cas présents, seront les partenaires de jeu des enfants. Chaque tome représente un acte différent, avec un décor différent mais toujours les mêmes accessoires et les mêmes combines. La tragédie repose dans le fait que quel que soit le visage montré par les personnages, ils ne sont jamais pris pour ce qu’ils sont. Les enfants ne sont jamais crus, Olaf n’est jamais démasqué. C’est lui qui volontairement dévoile son identité dans une scène de reconnaissance, presque toujours identique, et qui pourtant est rejouée plusieurs fois de suite. Les personnages sont pour la plupart aveugles et sourds, ils ne font pas preuve de discernement et sont tournés en ridicule. Olaf est un marionnettiste qui embobine les gens avec des combines tellement tarabiscotées que les fils s’emmêlent. Les enfants coupent ces fils au tome 8 en refusant de se conformer au schéma et en décidant de jouer avec les cartes du comte. Nous, lecteurs, savons que nous sommes face à des déguisements, de même qu’un public au théâtre, et cela renforce aussi le côté dramatique.
Par cette inversion des rôles entre Olaf et les Baudelaire à partir du tome 8, l’auteur induit un jeu de miroirs entre ces protagonistes. Alors que les enfants se disent innocents et inoffensifs, ils se laissent entraîner dans un jeu de dupes et finissent eux-mêmes par se demander s’ils ne sont pas en train de devenir des criminels à leur tour. En effet, ils combattent le feu par le feu, une action considérée comme scélérate. Le parallèle est installé entre l’adulte et les enfants qui se veulent radicalement opposés et qui pourtant en viennent à agir de la même façon, mais pour des raisons différentes. Le changement récurrent d’identité des uns et des autres embrouille à la fois le lecteur et les dits personnages qui en viennent parfois à se détourner de leur but. L’auteur montre ainsi, certes avec excès, que la dichotomie entre le bien et le mal présente dans la plupart des romans pour la jeunesse est bien trop schématique, il est impossible que cela se passe réellement de la sorte.




































































Alors, voulez-vous tourner ?

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