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"La culture est un cimetière de livres et d'autres objets à jamais disparus." in N'espérez pas vous débarrasser des livres de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco

vendredi 20 janvier 2017

N'espérez pas vous débarrasser des livres ~ Jean-Claude Carrière et Umberto Eco

« La culture est un cimetière de livres et d’autres objets à jamais disparus. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Le gai savoir : rarement l’expression nietzschéenne se sera aussi bien appliquée qu’à ce livre… sur les livres ! Du papyrus au fichier électronique, nous traversons deux mille ans d’histoire du livre à travers une discussion à la fois érudite et humoristique, savante et subjective, dialectique et anecdotique, curieuse et goûteuse.
On y parcourt les temps et les lieux, les personnes réelles s’y mêlent aux personnages de fiction, on y fait l’éloge de la bêtise, on y analyse la passion du collectionneur, les raisons pour lesquelles telle époque engendre des chefs-d’œuvre, la manière dont fonctionnent la mémoire et le classement d’une bibliothèque. On y explique pourquoi « les poules ont mis un siècle pour apprendre à ne pas traverser la route » ou comment « notre connaissance du passé est due à des crétins, des imbéciles ou des adversaires ».
Bref, on s’y amuse de la « furia littéraire » de deux passionnés qui nous entraînent dans leur folle farandole dont chaque tour surprend, distrait, enseigne. En ces temps d’obscurantisme galopant, c’est peut-être le plus bel hommage qui se puisse imaginer à la culture de l’esprit, et l’antidote le plus efficace au désenchantement.
Il s’agit d’entretiens menés en 2008 par Jean-Philippe de Tonnac. L’idée de départ est de comprendre que les mutations du monde du livre nous touchent à différentes échelles. Le numérique, le changement de support sont au cœur des débats. Cependant, les deux interrogés dévient parfois pour faire des comparaisons avec d’autres milieux qu’ils connaissent bien, le cinéma tout particulièrement.
Le résultat de ces entretiens est très agréable à lire. Les questions jalonnent l’ensemble de la réflexion et les réponses sont plutôt courtes et concrètes. Les exemples abondent, il ne s’agit pas de théories et de pensées, mais véritablement d’applications pratiques. Jean-Claude Carrière et Eco partagent avec nous des anecdotes croustillantes sur des aventures et mésaventures, ce qui donne une certaine légèreté aux échanges. Le lecteur a l’impression de discuter avec eux autour d’un café.
Pourtant, les sujets abordés ne sont pas anodins. La culture, le patrimoine, la mémoire collective sont autant de terrains délicats qui posent des questions. Une des thèses formidables soulevées par Eco est que le livre est un objet tellement abouti qu’on ne sera jamais capable de faire mieux. Le numérique ne pourra pas modifier cette nature, ni aucun autre support. Il faut apprendre à se détacher du médium pour se concentrer sur les valeurs véhiculées par le livre, quelle que soit sa forme. Les deux compères échangent au sujet de la fonction du livre dans l’histoire de l’humanité, au sujet des différences de culture qui pourtant regardent le livre sous un même angle.
Extrait :

« Umberto Eco : Dans certains cas, le fait de savoir certaines choses par cœur vous donne des facultés d’intelligence supérieures. Je suis bien d’accord pour dire que la culture n’est pas le fait de savoir la date exacte de la mort de Napoléon. Mais nul doute que tout ce que vous pouvez savoir par vous-même, et même la date de la mort de Napoléon, le 5 mai 1821, vous donne une certaine autonomie intellectuelle.
Cette question n’est pas nouvelle. L’invention de l’imprimerie est déjà cette possibilité offerte de mettre la culture dont on ne veut pas s’encombrer en réserve, au “frigidaire”, dans les livres, en sachant simplement où trouver l’information dont on a ponctuellement besoin. Il y a donc délégation d’une partie de la mémoire à des livres, à des machines, mais il demeure une obligation de savoir tirer le meilleur parti de ses outils. Et donc d’entretenir sa propre mémoire. »
Le mot de la fin :

Un excellent ouvrage pour ouvrir ses horizons et ne pas désespérer de notre situation livresque.

Alors, voulez-vous tourner ?

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