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"La culture est un cimetière de livres et d'autres objets à jamais disparus." in N'espérez pas vous débarrasser des livres de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco

samedi 9 juillet 2016

Le Sermon sur la chute de Rome ~ Jérôme Ferrari

« Depuis quand crois-tu que les hommes ont le pouvoir de bâtir des choses éternelles ? »

Résumé de la quatrième de couverture :

Dans un village corse perché loin de la côte, le bar local est en train de connaître une mutation profonde sous l’impulsion de ses nouveaux gérants. À la surprise générale, ces deux enfants du pays ont tourné le dos à de prometteuses études de philosophie sur le continent pour, fidèles aux enseignements de Leibniz, transformer un modeste débit de boissons en « meilleur des mondes possibles ». Mais c’est bientôt l’enfer en personne qui s’invite au comptoir, réactivant des blessures très anciennes ou conviant à d’irréversibles profanations des êtres assujettis à des rêves indigents de bonheur, et victimes, à leur insu, de la tragique propension de l’âme humaine à se corrompre.
Entrant, par-delà les siècles, en résonance avec le sermon par lequel saint Augustin tenta, à Hippone, de consoler ses fidèles de la fragilité des royaumes terrestres, Jérôme Ferrari jette, au fil d’une écriture somptueuse d’exigence, une lumière impitoyable sur la malédiction qui condamne les hommes à voir s’effondrer les mondes qu’ils édifient et à accomplir, ici-bas, leur part d’échec en refondant sans trêve, sur le sang ou les larmes, leurs impossibles mythologies.
L’auteur alterne entre deux intrigues, l’une se déroulant après la Première guerre mondiale et l’autre de nos jours, en Corse. La première suit Marcel, un homme qu’on voit grandir tout au long du roman. La seconde suit principalement Matthieu, petit-fils de Marcel, et Libero son meilleur ami. On ne comprend pas tout de suite que les deux histoires sont liées, ce qui garde une tension.
Le profil psychologique des personnages est savamment étudié. Le lecteur connait leurs pensées profondes et comprend leurs décisions, à la différence des autres personnages qui se questionnent. Cela crée une proximité immédiate et on se sent happé dans cette Corse si belle et authentique. Nos héros vivent des moments assez banals mais qui prennent une grande ampleur grâce à une immersion totale dans leur quotidien.
Matthieu et Marcel s’opposent et en même temps se battent pour garder ce qu’ils connaissent, leur monde avec son système, les relations entre les gens. Marcel vit pour ce qu’il a connu, sa famille décédée, le pays où il a vécu, la femme qu’il a aimée. Il ne parvient pas à comprendre son petit-fils, pas plus que ce dernier ne comprend son grand-père. Et ils se fuient.
Le bar tenu par Libero et Matthieu est un des lieux principaux et on ressent l’atmosphère comme si on était soi-même accoudé au comptoir. Les descriptions et les interactions des personnages lui confèrent une dimension incroyablement réaliste. C’est le genre d’ambiance qu’on n’apprécie pas toujours mais qui ne laisse en aucun cas indifférent.
L’auteur écrit avec souplesse et fluidité. Le vocabulaire est très riche sans être vraiment érudit, ce qui place ce roman à la portée de n’importe qui. Les phrases sont parfois très longues mais la ponctuation est bien présente, ce qui apporte du rythme et de nombreuses respirations. Cela donne l’impression de flotter à la surface d’une rivière plutôt calme. Il y a sept parties, la dernière étant plus une conclusion. Chaque partie est divisée en plusieurs chapitres (qui ne sont pas appelés comme tels) assez courts qui créent de petites unités de sens à l’intérieur du roman.
La fin n'est pas décevante, elle répond aux attentes qu'on peut avoir après une telle lecture.
Extrait :

« Libero avait d’abord cru qu’on venait de l’introduire dans le cœur battant du savoir, comme un initié qui a triomphé d’épreuves incompréhensibles au commun des mortels, et il ne pouvait pas s’avancer dans le grand hall de la Sorbonne sans se sentir empli de la fierté craintive qui signale la présence des dieux. Il emmenait avec lui sa mère illettrée, ses frères cultivateurs et bergers, tous ses ancêtres prisonniers de la nuit païenne de la Barbaggia qui tressaillaient de joie au fond de leurs tombeaux. »
Le mot de la fin :

Ce roman propose une véritable évasion au lecteur. Il demande une certaine concentration afin de prêter attention à chaque événement et de comprendre les liens qui unissent chaque partie.

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