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"La culture est un cimetière de livres et d'autres objets à jamais disparus." in N'espérez pas vous débarrasser des livres de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco

vendredi 23 novembre 2018

La Révolte ~ Clara Dupont-Monod

« Il y a quelque chose de romanesque à braver les convenances. »


Résumé de la quatrième de couverture :

« Sa robe caresse le sol. À cet instant, nous sommes comme les pierres des voûtes, immobiles et sans souffle. Mais ce qui raidit mes frères, ce n’est pas l’indifférence, car ils sont habitués à ne pas être regardés ; ni non plus la solennité de l’entretien – tout ce qui touche à Aliénor est solennel. Non, ce qui nous fige, à cet instant-là, c’est sa voix. Car c’est d’une voix douce, pleine de menaces, que ma mère ordonne d’aller renverser notre père. »
La relation entre Aliénor d’Aquitaine et Richard Cœur de Lion, son fils, est la force romanesque de ce livre. 
Aliénor représente la puissance, le fleuve endormi dont il faut sans cesse se méfier. Deux fois reine, elle dirige ses terres comme sa famille, avec fermeté. Elle ne livre jamais ses sentiments, mais ses enfants savent qu’elle est un roc auquel ils peuvent s’accrocher. Ce roman raconte l’ascension d’Aliénor, ses combats contre son mari, sa tête qu’elle garde toujours haute, mais aussi son emprisonnement pendant de nombreuses années.
On voit Richard grandir, se confronter à son père, ses frères, et surtout ne jamais douter de sa mère, lui rester loyal. Il prend la tête de l’Aquitaine et doit composer avec la pression et de nombreuses responsabilités.
L’autrice donne la voix à Richard qui évoque sa mère avec beaucoup de respect et d’admiration. Cela la fait paraître distante, mais c’est probablement comme cela qu’elle était perçue. Une sorte de forteresse qui ne laisse personne entrer. Il arrive qu’Aliénor parle, ou son mari, mais c’est rare.
Le ton paraît moderne, mais c’est aussi parce qu’il s’agit de décrire des relations familiales qui valent encore aujourd’hui. Il y a une grande simplicité, l’autrice n’a pas ajouté de fioritures. Cela va aussi probablement avec l’époque médiévale.
Extrait :

« Comment pourrais-je me sentir menacée ? Je suis encore là et mon mari le sait. Il me redoute. Face à ça, Rosemonde ne pèse pas lourd. C’est un vieux conseil de sorcière : pour ébranler un homme, misez sur la crainte et non sur la culbute. De ce côté-là, j’ai gagné. Le Plantagenêt me voit comme un danger. Après la révolte, il a relâché le roi d’Ecosse et conclu une trêve avec Louis. Pour moi, aucune clémence. Je suis la seule qu’il ait vraiment punie. Durant toutes ces années, je guetterai l’annonce de sa mort – ma libération, au sens propre. »
Le mot de la fin :

Un roman où l’autrice s’empare de la grande histoire et nous la livre avec force et sobriété.

Alors, voulez-vous tourner ?

vendredi 16 novembre 2018

Fais de moi la colère ~ Vincent Villeminot

« Moi, aveuglée, je lui trouvais une beauté, ainsi, même grimaçante. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Le jour où son père, pêcheur de longue date, se noie, Ismaëlle se retrouve seule. Seule, vertigineusement, avec pour legs un métier d’homme et une chair de jeune fille.
Mais très vite, sur le lac franco-suisse, d’autres corps se mettent à flotter. Des morts nus, anonymes, par dizaines, par centaines, venus d’on ne sait où – remontés des profondeurs de la fosse. C’est en ces circonstances qu’Ismaëlle croisera Ezéchiel, fils d’un « Ogre » africain, qui a traversé les guerres du continent noir et vient sur ces rives affronter une Bête mystérieuse.
Un titre intrigant que « Fais de moi la colère ». C'est en fait une phrase prononcée par Ezéchiel. Elle résume son état d'esprit à un moment précis de l'histoire, mais également toute son histoire personnelle. Une vie dans laquelle Ismaëlle tente de se faire une petite place.
Ce récit est bien étrange. Écrit dans un style très libre, qui ressemble souvent à de la poésie en prose, il donne la voix à Ismaëlle tout en permettant à Ezechiel de faire des incursions. Au début, on pense qu'Ismaëlle domine, mais elle est totalement prise par Ezéchiel, comme envoûtée. Leur relation n'a rien à voir avec l'amour, c'est quelque chose qui les unit à la fois dans un temps éphémère et infini.
Tout l'intérêt de ce roman réside dans les multiples interprétations qu'on peut faire. Chacun y verra une lutte différente, un désir différent et des conséquences différentes.
Il y a une certaine part morale dans ce roman. Les morts remontent du fond du lac, ils pourraient être de simples cadavres. Cependant, les oiseaux ne les mangent, ils n’en veulent pas. C’est au-delà de la nature. Ces morts, ce sont les résultats de la cruauté humaine. Nous détruisons tout, la nature ne peut reprendre ses droits.
Extrait :

« Ce soir-là, fiévreuse, après avoir parlé avec Paul, je ne rejoignis pas Kevin au mobil-home.
Seule, dans la maison du père, je lus sur Internet tout ce qu’il y avait à lire à propos du roi nègre.
Ses meurtres,
Ses folies,
Ses cruautés.

Je regardai l’écran, le visage de l’Ogre.
Je repensais aux mots de Paul : le Fils.
Je pressentais, bien sûr. Inutile de le nier.

Le lendemain, je montai voir, par curiosité, prescience, ou peut-être sans aucune raison, simplement parce que les poissons vont aux nasses, les moutons aux tondeurs ; et les jeunes filles d’elles-mêmes, ingénues, au château de Barbe-Bleue. »
Le mot de la fin :

Un roman à lire et respirer.

Alors, voulez-vous tourner ?

lundi 1 octobre 2018

Faux départ ~ Marion Messina

« La vie estudiantine était une surenchère d’épanouissement social. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Entre Aurélie, qui crève d’ennui dans une fac, et Alejandro, le Colombien expatrié, l’amour fou et inimitable, le frisson nouveau sont toujours à portée de corps mais jamais atteints. La vie fait parfois un drôle de bruit au démarrage…
Ce roman s’attelle à raconter l’entrée dans la vie active d’Aurélie, un peu sans elle finalement. Elle ne sait pas où elle veut aller, mais elle veut être avec Alejandro. Ce dernier cherche à mener sa vie pour lui avant tout. Il s’attache à Aurélie, mais n’a pas les mêmes priorités qu’elle. Ils vivent sans véritable repère, ils semblent flotter dans un décor mal adapté. Marion Messina nous plonge dans un quotidien sans fards où les personnages galèrent pour s’en sortir.
Le tableau est globalement noir, la vie est difficile, financièrement mais aussi socialement. Aurélie peine à se faire des amis. L’autrice insiste sur ces aspects fondamentaux de la vie et sur le fait qu’Aurélie n’a plus d’entrain ni d’espoir. Malheureusement, c’est le seul aspect qui ressort et c’est triste d’être autant désabusé à un si jeune âge. Au sortir de cette lecture, le moral n’est pas au beau fixe. Les sujets de société sont abordés avec justesse, mais c’est trop déséquilibré.
Il y a des passages un peu répétitifs où l’autrice énumère des routines, insistant sur la monotonie. C’est parfois un peu pesant, on comprend très rapidement l’idée et il semble inutile d’appuyer sur ces éléments.
Extrait :

« Il n’aimait pas la culture sociale, l’obsession du consensus, la bonne conscience du Français lettré qui se sent responsable de tous les maux de la planète, de la condition des Roms à la fonte de la calotte glaciaire. Il ne supportait plus le cinéma français, la spontanéité avec laquelle ses amies lui proposaient un mariage blanc pour l’aider avec ses papiers, il avait en horreur qu’on le complimente pour la libération d’Ingrid Betancourt, vomissait l’expression citoyen du monde. »
Le mot de la fin :

Un premier roman qui s’attache à retranscrire le quotidien de deux jeunes adultes avec un regard un peu trop désenchanté.

Merci à Babelio et à J'ai Lu pour cet envoi !

Alors, voulez-vous tourner ?

dimanche 23 septembre 2018

Le Sillon ~ Valérie Manteau

« Combien les Kurdes d’aujourd’hui ressemblent aux Arméniens de jadis ! »


Résumé de la quatrième de couverture :

« Je rêve de chats qui tombent des rambardes, d’adolescents aux yeux brillants qui surgissent au coin de la rue et tirent en pleine tête, de glissements de terrain emportant tout Cihangir dans le Bosphore, de ballerines funambules aux pieds cisaillés, je rêve que je marche sur les tuiles des toits d’Istanbul et qu’elles glissent et se décrochent. Mais toujours ta main me rattrape, juste au moment où je me réveille en plein vertige, les poings fermés, agrippée aux draps ; même si de plus en plus souvent au réveil tu n’es plus là. »

samedi 15 septembre 2018

Les Enfants de ma mère ~ Jérôme Chantreau

« Un enfant, c’est comme un insecte, ça sait quoi faire de la mort. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Changer la vie.
Trois mots pour s’inventer un destin. Trois mots que Françoise, fraîchement divorcée, a décidé de faire siens, elle qui, pour la première fois, a voté à gauche le 10 mai 1981.
Au 26, rue de Naples, un appartement ouvert aux quatre vents, Françoise tente de changer la vie – sa vie. Elle métamorphosera surtout celle de ses enfants en les plongeant dans un tourbillon aussi fantasque que brutal. Tandis que son fils Laurent crée un groupe de rock dans les caves parisiennes, Françoise recueille chez elle des gamins du quartier, fracassés par la drogue, les mauvais coups et l’exil. Mais à trop s’occuper des enfants des autres, ne risque-t-elle pas d’en oublier les siens ? Laurent est là, qui se tient au bord de l’abîme, hypnotisé par Victor – le plus beau, le plus brillant de la bande.