Citation

"La culture est un cimetière de livres et d'autres objets à jamais disparus." in N'espérez pas vous débarrasser des livres de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco

vendredi 18 janvier 2019

Fouloscopie ~ Mehdi Moussaïd

« Chacun a le pouvoir d’initier un comportement qui entraînera les autres dans la bonne voie. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Violente, puissante, aveugle, destructrice... Pour beaucoup, la foule est dangereuse. Pourtant, elle peut aussi faire preuve d'intelligence collective. Dans les laboratoires, les scientifiques cherchent à percer son mystère. Qu'est-ce qui explique les bousculades meurtrières ? Pourquoi le comportement des piétons diffère-t-il selon les pays ? Peut-on comparer les Hommes à des bancs de poissons ? Quels enseignements tirer de Facebook et des réseaux sociaux ?
La foule, nous en faisons tous partie. Mehdi Moussaïd nous emmène valser dans les centres commerciaux, les laboratoires et sur les réseaux sociaux.
Nous suivons l’auteur tout au long de cet essai, il nous parle de son parcours professionnel. C’est vrai que la foule comme objet d’étude, ce n’est pas une évidence. On en apprend beaucoup sur les mécanismes de la foule, ce qui se passe lors de bousculades meurtrières, comment ne pas finir écraser dans la fosse d’un concert. On comprend aussi qu’il est possible de tirer profit du nombre pour sauver des vies et faire avancer la recherche.
Mehdi Moussaïd raconte tout cela avec une voix très personnelle, de petites touches d’humour. Ça se lit tout seul. Les notions scientifiques sont expliquées, très accessibles et illustrés par des exemples piochés dans des événements récents. Les chapitres sont parsemés d’expériences réalisées par l’auteur ou d’autres chercheurs, cela permet d’être au cœur de la recherche. Un très bel hors-texte de dessins de Wozniak est inséré dans le livre, avec ses interprétations de la foule, qui nous fait méditer.
Extrait :

« Moutons, poissons, cafards… Tout cela est bien joli, me direz-vous, mais l’Homme est autrement plus complexe ! Pas vraiment. La frontière entre les bêtes et les humains a été réduite à néant sans difficulté par une équipe de biologistes. Dans un vaste gymnase, ils donnèrent à 200 participants les consignes suivantes : “Marchez sans vous arrêter, sans communiquer et sans jamais vous éloigner les uns des autres.” Une sorte de banc de piétons, en somme. Pour tester leur théorie, les chercheurs passèrent secrètement une instruction supplémentaire à dix d’entre eux : essayer d’entraîner tous les autres vers une zone particulière du gymnase, simplement en marchant. Et ces complices y parvinrent aisément. La foule convergea quasi systématiquement vers la région ciblée. Avec seulement 10 “leaders” sur 200 personnes, soit exactement 5 % du groupe. »
Le mot de la fin :

Un superbe essai qui nous touchera tous, nous sommes tous piétons et nous appartenons à une société et à ses foules.

Alors, voulez-vous tourner ?

lundi 14 janvier 2019

Le Puits des mémoires : Les Terres de cristal ~ Gabriel Katz

« Devant des milliers d’hommes sur le pied de guerre, le Fils de la lune mordit à pleines dents dans une tourte brûlée. »


Résumé de la quatrième de couverture :

La quête de Nils, Karib et Olen va enfin toucher à sa fin. Et leur vengeance s’accomplir. Mais après le complot qui les a lancés sur la route de leur mémoire, de nouvelles trahisons les guettent. Maintenant qu’ils connaissent leur identité, la menace n’est que plus grande. Car ici, à Woltan, les assassins règnent en maîtres.
Et tandis que sur notre trio se lèvent les premières tempêtes de neige, loin dans le Nord, dans les glaces éternelles des Terres de cristal, est tapi un terrible secret qui attend sa révélation…
La fin n’est pas vraiment à la hauteur de ce qu’on peut attendre, elle manque de panache. On a certaines révélations, qui sont évidemment les bienvenues. Certaines questions restent en suspens pour les héros. C’est assez frustrant et, en même temps, c’est cohérent avec l’intrigue. Certains personnages se sont arrangés pour qu’ils ne comprennent pas la situation. Nous, lecteurs, avons accès à plus d’informations.
Tous les personnages se retrouvent dans ce dernier tome. C’est le livre des règlements de compte, les masques tombent. On entre encore plus dans la vie politique de Woltan. C’est assez amusant de faire ses pronostics à propos des traîtres. Des incertitudes demeurent jusqu’à la fin quant aux origines de la machination. Cela crée une belle tension. Les chapitres courts donnent envie de tourner les pages rapidement.
Gabriel Katz reste fidèle à lui-même avec un rythme enlevé, des dialogues piquants et une narration ciselée. Les personnages ont des caractères bien trempés et nous embarquent dans leurs aventures.
Extrait :

« — Bizarre, cette lettre, déclara Karib.
— Accouche ! pressa Nils.
— Le roi m’informe que les Terres de cristal ne sont plus un vassal, mais une seigneurie de Woltan.
Nils eut l’air déçu.
— On s’en fout, non ?
— Pas tant que ça. C’est tout de même de là que viennent les cavaliers de cristal. Ce n’est peut-être pas un hasard si aujourd’hui le seigneur Edko… (il déroula le parchemin) Edkharen se retrouve au Conseil. »
Le mot de la fin :

Un dernier tome qui clôt une trilogie prenante et haute en couleurs.

Alors, voulez-vous tourner ?

vendredi 4 janvier 2019

Quand est-ce qu'on biaise ? ~ Thomas C. Durand

« Accepter l’éventualité de son erreur n’est pas une défaite. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Savez-vous ce qu’est la Zététique ? L’art du doute nourri par la méthode scientifique. le refus de toute affirmation dogmatique, mais aussi une autodéfense contre les idées reçues, les fausses évidences, les illusions sensorielles, les raisonnements erronés… tous ces pièges que nous tend notre cerveau.
L’intelligence n’immunise pas contre l’erreur. Quand nos neurones sont biaisés nous n’avons aucun moyen objectif de le savoir. Alors il faut apprendre à douter.
Une méthode mise en scène avec humour dans des dialogues entre la marionnette Mendax, incarnation de notre cerveau avide de réponses simples et définitives, et Vled tapas, professeur d’esprit critique.
Qui est arrivé en premier : l’œuf ou la poule ? Thomas C. Durand répond à cette question qui nous taraude depuis toujours.
Mais cette problématique n’est qu’une infime partie des thématiques abordées par l’auteur. Ce dernier retrace certaines grandes expériences de la psychologie, comme celle de Milgram qui fait particulièrement froid dans le dos. Il nous donne des méthodes pour s’adresser à des personnes qui n’ont pas les mêmes opinions que nous afin de se comprendre avec respect, comme pour les personnes qui croient aux théories du complot. Et surtout, il nous explique comment nous prémunir des biais cognitifs en doutant, toujours.
La forme du dialogue et la démarche rappellent beaucoup les textes de Platon et un peu Le monde de Sophie dans le sens où on apprend à réfléchir. Les chapitres sont thématiques, ils se lisent dans l’ordre qu’on veut. Le ton est humoristique, il y a de petites références à la culture. L’auteur a rendu très accessibles toutes les connaissances qu’il développe. Cet essai peut être lu dès le lycée, il peut même être intéressant pour la philosophie.
Extrait :

« Mendax – Ça veut dire que la télépathie, la télékinésie, les voyages astraux, tout ça… ce ne sont que des balivernes ? C’est prouvé ?
Vled – Non. Ce n’est pas prouvé. Mais la charge de la preuve incombe à celui qui avance l’existence d’un phénomène inconnu. Si jamais je prétendais qu’il y a une théière en porcelaine qui orbite entre Mars et Jupiter mais qu’aucun télescope ne peut la voir… ce serait dommage qu’on me croie sur parole. Il serait plus raisonnable de douter suffisamment de moi pour me demander des preuves.
Mendax – L’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence.
Vled – C’est vrai. Et tu n’as pas la preuve que mon appartement n’a pas été envahi la nuit dernière par des millions de licornes roses invisibles venues d’une dimension parallèle. »
Le mot de la fin :

Un essai drôle et original pour développer notre esprit critique et qui montre que la science inspire des livres vraiment cool !

Alors, voulez-vous tourner ?

mardi 1 janvier 2019

La Nuit des béguines ~ Aline Kiner

« On ne peut pas tout accepter au nom d’une foi qui se voudrait inspirée directement par le Christ. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Paris, 1310, quartier du Marais. Au grand béguinage royal, elles sont des centaines de femmes à vivre, étudier ou travailler comme bon leur semble. Refusant le mariage comme le cloître, libérées de l’autorité des hommes, les béguines forment une communauté inclassable, mi-religieuse mi-laïque. La vieille Ysabel, qui connaît tous les secrets des plantes et des âmes, veille sur les lieux. Mais l’arrivée d’une jeune inconnue trouble leur quiétude. Mutique, rebelle, Maheut la Rousse fuit des noces imposées et la traque d’un inquiétant franciscain… Alors que le spectre de l’hérésie hante le royaume, qu’on s’acharne contre les Templiers et qu’en place de Grève on brûle l’une des leurs pour un manuscrit interdit, les béguines de Paris vont devoir se battre. Pour protéger Maheut, mais aussi leur indépendance et leur liberté.
Le Moyen Âge nous apparaît souvent comme une époque sombre où les règles sociales sont dures avec une hiérarchie très marquée. Les femmes avaient certes une place très restreinte, mais certaines d’entre elles ont fait le choix du béguinage. Il s’agit d’un statut instauré par Louis IX, les femmes étant autorisées à vivre célibataires sans pour autant être des religieuses.
Ce roman nous décrit leur vie alors que la chrétienté et le royaume sont ébranlés par des affaires graves. L’autrice nous plonge au cœur de Paris et de ses intrigues, entre le lieu de vie des béguines, les ateliers de tissage de l’une d’entre elles et les souvenirs de province. Ce n’est pas une histoire haletante dans le sens où le suspense est insoutenable. Le résumé parle de se battre, mais ce n’est pas le cas. C’est plus une résistance morale de la part de quelques-unes. Cependant, on se pose beaucoup de questions quant à l’avenir du béguinage et comment les personnages vont aider les femmes ou au contraire les faire plier.
On suit plusieurs béguines, Ysabel étant le lien entre toutes. Elle fait figure de grand-mère bienveillante et protectrice. Maheut est trop mystérieuse pour qu’on s’y attache, comme si elle n’appartenait pas vraiment à ce monde. Il y a une sorte de force qui entraîne tous les personnages, comme s’ils n’étaient pas maîtres de leur destin.
Extrait :

« La petite au cœur fragile meurt à l’heure des complies. Toute à sa tâche de l’accompagner, Ysabel n’a pas vu le temps passer. La nuit tombée – “au plus tard lorsqu’on ne peut distinguer un sou tournoi d’un sou parisis”, dit le règlement –, le béguinage a fermé ses portes. Il est bien trop tard pour se rendre auprès de Maheut afin de l’avertir qu’un homme la cherche. Elle s’en chargera demain. »
Le mot de la fin :

Un roman historique au sujet fort, des femmes choisissant de vivre libres, sans homme ni religion, qui résonne aujourd’hui.

Alors, voulez-vous tourner ?

vendredi 28 décembre 2018

Comme un conte ~ Graham Joyce

« Il m’a demandé s’il pouvait me bercer de murmures. »


Résumé de l'éditeur :

Tara n’avait pas seize ans lorsqu’elle a disparu sans laisser de trace. Son corps n’a jamais été retrouvé, mais dans sa famille, on a fini par se faire à l’idée qu’on ne la reverrait plus. Pourtant, vingt ans plus tard, le soir de Noël, on frappe trois coups à la porte de ses parents.
Tara se tient sur le seuil. Une Tara fatiguée, sale, échevelée… mais qui n’a pas vieilli d’une ride. Elle explique sa longue absence par l’appel du voyage, mais les incohérences de son récit laissent son frère et son ancien compagnon sceptiques. La vérité qu’elle finit par leur avouer semble plus incroyable encore : elle aurait été enlevée par des fées… Entre amnésie et aliénation, à quel point le fantasme se mêle-t-il à la réalité ?
Les contes de fée nous accompagnent dans l’enfance et, pour certains, même bien après. Beaucoup rêvent d’ailleurs de rejoindre ces univers enchanteurs. Et si la réalité était plus effrayante ?
Graham Joyce nous entraîne dans une version de conte bien plus complexe où le doute s’installe d’emblée. Tara revient après 20 ans d’absence en prétendant avoir vécu chez les fées. Évidemment, son entourage est dubitatif. La position du lecteur est plus délicate. Même si on veut rationnaliser les événements, on a accès aux souvenirs de Tara chez les fées, des souvenirs précis, et on peut facilement croire à sa version (peut-être qu’on le veut aussi).
L’intrigue est bien menée dans le sens où l’auteur ne cherche pas nécessairement à apporter des réponses. Il explore des pistes, nous invite à le suivre, sans nous dire : voilà la vérité. Nous restons maîtres de notre interprétation. Pour balancer la position de Tara, il y a l’avis de sa famille, mais surtout du psy qu’elle consulte à la demande de son frère. On a accès à ses notes et son diagnostic.
Ce roman accessible nous invite à réfléchir sur ce qui peut éloigner dans une famille, notamment les choix qui ne s’expliquent pas ou qu’on ne veut pas accepter. Les fées représenteraient les chimères qu’il nous arrive de poursuivre.
Extrait :

« Je le regarde. Il est penché en avant et ses yeux sont plongés dans les miens, comme s’il voulait scruter jusqu’aux tréfonds de mon âme. Il hausse les sourcils. Je regarde mon avocate. Je lance un bref regard au gros flic, et au flic en uniforme. Tous les yeux sont braqués sur moi.
Et pour la première fois, je me demande : est-ce que je l’ai fait ? Est-ce que je l’ai fait ? »
Le mot de la fin :

Un récit qui nous emmène dans un fantastique subtil où les frontières entre les mondes se brouillent imperceptiblement.

Alors, voulez-vous tourner ?